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Le crépuscule de l'oeil

  • Le camp de Buchenwald, à Weimer

    La semaine dernière, j'ai participé à un voyage de groupe en Allemagne, et en passant par Weimar, nous avons visité le camp de Buchenwald (enfin, le peu qu'il en restait, étant donné que le camp a été rasé engrande partie). Le voyage n'avait heureusement rien de thématique (il ne s'agissait pas de faire la visite de tous les décombres et horreurs de cette époque), mais cette visite-là était en option et j'ai voulu la faire. Je crois qu'il est important de visiter de tels lieux, même s'ils laissent d'une humeur particulièrement lugubre et déprimée. Ca me paraît d'autant plus important à une époque où les extrémismes de tous bords refont surface. Même si ce camp est connu, il faut préciser que c'était « seulement » un camp de concentration, pas d'extermination (ces derniers ne se trouvaient en Pologne). Le régime nazi l'édifia en 1937 à la sortie de Weimar. On lui donna le nom euphémique de Buchenwald (« forêt de bouleaux »). Mais ce n'est pas parce qu'il n'était pas dédié à l'extermination de masse qu'il n'a pas tué en masse. Par certains aspects, il était aussi terrible que les camps de Pologne. Sur les 250000 prisonniers qui se sont morfondus derrière ses barbelés, 56000 d’entre eux n’en sont jamais ressortis. Buchenwald n’était pas un camp d’extermination, certes, mais il n’en a pas acquis moins une terrible notoriété. Le premier commandant du camp, Karl Koch, et son épouse Ilse étaient particulièrement redoutés pour leur cruauté. Ils pouvaient, au gré d'un caprice, faire abattre un prisonnier. Ilse Koch avait en outre une passion pour la peau humaine. Elle en faisait des objets de décoration, des abat-jour ou des reliures de livres. Buchenwald fut également le site d'expériences médicales (si l'on peut dire) et scientifiques : des prisonniers soviétiques reçurent des injections de typhus dans le cadre de tests de divers vaccins censés protéger de la maladie. Les prisonniers mourant de faim travaillaient jusqu’à l'épuisement dans les carrières des environs. Les plus faibles entamaient un voyage sans retour vers les camps polonais. En avril 1945, alors que les troupes alliées approchaient de Buchenwald, les gardes s’enfuirent et les détenus purent s’emparer du camp. Le 11 du même mois, l’armée américaine prit le contrôle de l'installation. Sa responsabilité fut rapidement confiée aux Soviétiques, puisque Buchenwald se trouvait désormais dans la zone de l’Allemaglne que contrôlait Moscou. Rebaptisé Camp n° 2, il accueillit des prisonniers allemands de 1945 à 1950, dont 7000 moururent durant leur captivité. À sa fermeture en 1950, Buchenwald a été presque entièrement rasé. Néanmoins, certaines structures comme des miradors de béton, ont survécu. En 1958, un mémorial définitif a pris la place de celui que les libérateurs avaient érigé en 1945. La visite de ce lieu ne m'a en tout cas pas laissé indifférent. Si vous en avez un jour l'occasion, et si vous avez le coeur bien accroché, je vous recommande. Il est plus que jamais important de se souvenir à quoi conduisent les extrémismes. D'ailleurs, je vous mets le lien vers l'agence qui a organisé ce voyage de groupe, si vous souhaitait en organiser un en Allemagne : j'ai trouvé qu'elle proposait un excellent mix entre activités divertissantes et visites culturelles. Un équilibre qui, à mon sens, n'est jamais évident à trouver. Davantage d'information est disponible sur le site de l'organisateur du voyage groupe à Weimer. Suivez le lien.

  • Défense et coopération

    La politique de défense de la France et celle de l’Europe ont atteint un point d’inflexion. Après des décennies de réduction des capacités militaires, l’accroissement des menaces, corrélé à un réarmement mondial, est à l’origine de besoins nouveaux. La hausse annoncée des budgets de défense des États européens membres de l’OTAN, l’engagement dans une coopération structurée permanente de 25 États de l’Union européenne et la Revue stratégique de défense et de sécurité nationale définissent en matière d’armement un objectif triple : doter les armées de matériels innovants et performants, en préservant l’autonomie stratégique de la France et de l’Europe, dans les limites de budgets contraints. La coopération entre États pour la réalisation de grands programmes d’armement est la seule voie possible pour acquérir des matériels que les évolutions technologiques et les besoins des armées rendent trop coûteux pour un État seul, tout en améliorant les positions de l’industrie européenne de défense, gage de souveraineté. Les programmes internationaux permettent en effet de partager les coûts de développement, avec des conséquences favorables sur les prix unitaires des matériels. Ils permettent aussi aux industries de gagner en compétences technologiques et, idéalement, de proposer à l’exportation des produits compétitifs. Le succès des coopérations, cependant, n’est jamais assuré a priori. Les enquêtes de la Cour sur les six principaux programmes d’armement conduits en coopération en 2017 ont montré les difficultés rencontrées par ceux-ci, à des degrés divers, pour n’avoir pas réuni les conditions exigeantes de la réussite. La volonté française de développer des coopérations rejoint celle de l’Union européenne, qui se dote d’un Fonds européen de la défense destiné à les soutenir. Il s’agit désormais de déployer les meilleures méthodes pour les futures coopérations. La volonté politique partagée entre les États participants est bien la condition prioritaire du succès des coopérations. Les gouvernements qui décident d’une coopération doivent traduire cette détermination en objectifs communs, sous la forme d’une harmonisation des spécifications techniques des matériels attendus et d’un alignement des calendriers opérationnels. Dans les programmes étudiés, le défaut d’harmonisation des spécifications s’est traduit de deux manières ; soit par une multiplication des versions, par exemple pour l’hélicoptère NH90, soit par une addition des capacités attendues de l’A400M, multipliant de ce fait les risques du développement. La similitude des besoins doit s’étendre aussi au calendrier des livraisons souhaitées, au risque d’exposer les armées de certains des partenaires à des sous-capacités. Lorsque l’harmonisation des calendriers opérationnels n’était pas possible, la France a souvent constaté l’inaptitude des coopérations, comme lors de la tentative de porte-avions franco-britannique.

  • Les candidats au post-pétrole

    La semaine dernière, j'ai participé à un séminaire à Amsterdam qui était consacré à la question de la transition énergétique. Un intervenant s'est notamment intéressé à la question passionnante du post-pétrole, avec le passage à des carburants plus propres. Le plus recherché à court terme sera selon lui le gaz naturel. En 2025, on s’attend ainsi à voir sa consommation augmenter d’environ 60 %, selon les projections de l’Energy Information Agency du département de l’Énergie. Si les gisements de gaz naturel ne sont pas nécessairement voisins de ceux du pétrole, ils n’en sont pas moins fortement concentrés. Trois pays — la Russie, l’Iran et le Qatar — détiennent plus de 57 % des réserves mondiales. Si l’on considère à la fois le pétrole et le gaz naturel, deux pays — la Russie et l’Iran — sont les pivots de la production énergétique. L’Amérique du Nord (États- Unis, Canada et Mexique) assurerait quant à elle une part non négligeable — 18 % — de la production mondiale en 2025. Le charbon sera peut-être la ressource énergétique qui connaîtra la plus forte croissance, tout en étant la plus « sale ». L’augmentation du prix du pétrole et du gaz naturel conférerait un nouvel attrait aux sources d’énergie bon marché, abondantes et proches de leurs débouchés. Trois pays — les États-Unis, la Chine et l’Inde — sont les principaux consommateurs d’énergie, et leur appétit ne cesse de croître. Avec la Russie, ils possèdent les quatre plus grosses réserves de charbon extractible du monde, qui représentent 67 % des réserves connues. L’accroissement de la production de charbon pourrait prolonger d’un siècle ou deux l’existence de systèmes fondés sur l’énergie non renouvelable à base de ce combustible. En 2025, la Chine sera encore très dépendante de la houille, et on s’attend à voir Pékin soumis à des pressions internationales croissantes pour le recours à des technologies de combustion propres. Malgré un PIB nettement inférieur, la Chine devance les Etats-Unis au palmarès des émetteurs de carbone dans l’atmosphère. On prévoit une augmentation du recours au nucléaire pour la production d’électricité, mais elle restera insuffisante pour répondre à une demande croissante. La troisième génération de réacteurs nucléaires a fait baisser les coûts de production et amélioré la sécurité et les modes de gestion des déchets et de la prolifération. Ces réacteurs sont désormais compétitifs aux prix actuels de l’électricité et commencent à être installés dans plusieurs régions du monde. Si la plupart des centrales nucléaires sont aujourd’hui localisées dans les pays industrialisés, l’augmentation de la demande d’électricité de la Chine, de l’Inde, de l’Afrique du Sud et d’autres pays en croissance rapide va rendre le nucléaire plus attractif. L'intervenant terminait avec une idée encore plus intéressante : la possibilité qu'une nouvelle source d'énergie vienne rendre toutes ces industries obsolètes. Mais ça, c'est une autre histoire, que je vous raconterai sans doute une autre jour... En tout cas, j'ai bien apprécié ce séminaire. D'ailleurs, voilà le site de l'agence qui s'est occupée de l'organiser : j'ai trouvé leur sens de l'organisation vraiment épatant du début à la fin. Je vous laisse le lien vers le site spécialiste de ce séminaire aux Pays-Bas.