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Défense et coopération

La politique de défense de la France et celle de l’Europe ont atteint un point d’inflexion. Après des décennies de réduction des capacités militaires, l’accroissement des menaces, corrélé à un réarmement mondial, est à l’origine de besoins nouveaux. La hausse annoncée des budgets de défense des États européens membres de l’OTAN, l’engagement dans une coopération structurée permanente de 25 États de l’Union européenne et la Revue stratégique de défense et de sécurité nationale définissent en matière d’armement un objectif triple : doter les armées de matériels innovants et performants, en préservant l’autonomie stratégique de la France et de l’Europe, dans les limites de budgets contraints. La coopération entre États pour la réalisation de grands programmes d’armement est la seule voie possible pour acquérir des matériels que les évolutions technologiques et les besoins des armées rendent trop coûteux pour un État seul, tout en améliorant les positions de l’industrie européenne de défense, gage de souveraineté. Les programmes internationaux permettent en effet de partager les coûts de développement, avec des conséquences favorables sur les prix unitaires des matériels. Ils permettent aussi aux industries de gagner en compétences technologiques et, idéalement, de proposer à l’exportation des produits compétitifs. Le succès des coopérations, cependant, n’est jamais assuré a priori. Les enquêtes de la Cour sur les six principaux programmes d’armement conduits en coopération en 2017 ont montré les difficultés rencontrées par ceux-ci, à des degrés divers, pour n’avoir pas réuni les conditions exigeantes de la réussite. La volonté française de développer des coopérations rejoint celle de l’Union européenne, qui se dote d’un Fonds européen de la défense destiné à les soutenir. Il s’agit désormais de déployer les meilleures méthodes pour les futures coopérations. La volonté politique partagée entre les États participants est bien la condition prioritaire du succès des coopérations. Les gouvernements qui décident d’une coopération doivent traduire cette détermination en objectifs communs, sous la forme d’une harmonisation des spécifications techniques des matériels attendus et d’un alignement des calendriers opérationnels. Dans les programmes étudiés, le défaut d’harmonisation des spécifications s’est traduit de deux manières ; soit par une multiplication des versions, par exemple pour l’hélicoptère NH90, soit par une addition des capacités attendues de l’A400M, multipliant de ce fait les risques du développement. La similitude des besoins doit s’étendre aussi au calendrier des livraisons souhaitées, au risque d’exposer les armées de certains des partenaires à des sous-capacités. Lorsque l’harmonisation des calendriers opérationnels n’était pas possible, la France a souvent constaté l’inaptitude des coopérations, comme lors de la tentative de porte-avions franco-britannique.

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